LE PROJET DE RESIDENCE ASSOCIATION

La proposition de Nicolas Blanc et de son équipe : être artistes associés à Scènes Croisées pendant deux ans, nous enthousiasme. Nous pensons cette association dans une double perspective. D’une part, nous allons pouvoir, de facto, inventer les pièces à venir avec le public auquel nous destinons les fruits de notre travail. D’autre part, au moment où Scènes croisées ouvre les portes d’une « fab-lab » artistique, nous sommes en situation d’inventer les enjeux et modalités de fonctionnement d’un tel lieu. Ce qui, depuis le temps que notre compagnie rêve d’une « fabrique », est une vraie joie !

Nous nous sommes donnés pour ces deux ans un programme de réflexion, et avons esquissé une cartographie des chemins de création que nous vous présentons ici.
Notre principal axe de travail en Lozère, va concerner les liens entre Art et Politique.
Notre première hypothèse s’énonce ainsi : « faire du théâtre c’est mettre en circulation dans une assemblée des mots vivants. Faire du théâtre c’est organiser en commun la possibilité d’une métamorphose ; réfléchir sur, observer et mettre en œuvre ce qui la rend possible. Le commun que le théâtre convoque rassemble le public, les acteurs, les techniciens, le personnel des lieux de théâtre, autour d’une expérience sensible des métamorphoses, avec la matière des mots vivants, dans le creuset des émotions intenses et contradictoires qui naissent avec les idées nouvelles. »

Notre deuxième hypothèse tente d’ouvrir des pistes sur la manière dont le théâtre peut enquêter sur la nature et de la réalité du travail. Nous supposons donc que penser le travail est un enjeu de pensée politique. Notre seconde hypothèse dit : « le mot ouvrier n’est pas un mot mort car la politique vivante s’invente dans les têtes et dans les cœurs de ceux qui sont journellement à l’œuvre dans le monde, pour tout le monde ». Sainte Jeanne des abattoirs de Brecht sera la première des créations que nous préparerons et présenterons en Lozère et qui mettra à l’épreuve cette hypothèse.

Notre troisième hypothèse dit : « une idée politique qui s’expérimente par le malheur du peuple est une idée fausse. Une idée politique est vraie si elle fournit la preuve qu’elle est occasion de bonheur pour tous les gens : c’est-à-dire EU-topie mise en œuvre. » Toi, Charles Fourier, « rêveur sublime », nous nous pencherons sur tes textes. « Toi, tout debout parmi les grands visionnaires qui crus avoir raison de la routine et du malheur. Toi qui fit le premier bond dans le sens de l’ajustement de structure parce, comme disait Breton, c’est le monde entier qui doit être non seulement retourné mais de toute part aiguillonné dans ses conventions. » Et nous nous proposerons d’enquêter avec le public qui le voudra bien, sur les tentatives utopiques qui ont pris pour sol la Lozère. Cette récolte nourrira une écriture de plateau et deuxième création : une forme que nous vous présenterons de manière itinérante.

Quand nous proposons au public de nous rejoindre sur plusieurs moments de réflexion et de création, c’est que nous voulons précisément faire de « l’atelier des songes », la nouvelle fabrique des scènes croisées, un lieu d’expérimentation artistique et de partage joyeux des idées.
Plusieurs rendez-vous seront proposés au cours de la saison ; temps d’ouverture sur les processus artistiques en cours, cartes blanches à des artistes de la programmation, stages, répétitions ouvertes, mais surtout moments de rencontres …

A bientôt.
// Interstices.